On a préféré en rire et plaisanter....
On a visité des endroits un peu glauques et d'autres plus chaleureux...
On a eu parfois envie de partir en courant...
Parce que finalement, au delà de la recherche qui nous préoccupait, visiter des EHPAD toutes les semaines nous a aussi confrontés, mon frère et moi, à notre propre vieillesse à venir, à une éventuelle déchéance physique et/ou mentale.... Et que c'est une grande claque en pleine face à laquelle on préfère le plus souvent échapper en évitant d'y penser !

On a envoyé plusieurs dizaines de dossiers, en vain ! Réponses négatives direct sans explication... Mises sur liste d'attente sans idée de délai... Et surtout beaucoup de refus au vu du certificat médical qui laissait entendre que Madame notre Mère devait être placée en unité protégée/sécurisée du fait de son comportement paranoïaque, agressif, délirant parfois.
Mais pour nous, ce tableau semblait excessif. Sans compter que le fait de passer directement de la liberté totale (une résidence-service) à un QHS (une unité renforcée/sécurisée) sans passer par la case prison (l'EHPAD) nous paraissait être un grand-écart d'une grande violence...
Certes nous étions bien conscients qu'elle déraillait et n'était absolument plus capable de vivre seule.
Le quotidien (faire ses courses et préparer ses repas, faire son ménage, entretenir son linge...) était effectivement devenu ingérable pour elle. Elle nous appelait plusieurs fois par jour (surtout mon frère !) et on avait fini par comprendre qu'il valait mieux ne pas répondre avant le milieu de matinée ! Quand l'infirmière était passée lui donner ses médocs ! Avant, ses propos n'étaient pas toujours rationnels, son humeur oscillant entre méchanceté et larmoiements. Mais, une fois le traitement pris, elle était plutôt cohérente pour une vieille dame de 91 ans, et on pensait (un peu naïvement !) que le plus dur serait de lui faire accepter l'idée d'aller vivre en EHPAD !
Ca n'a pas été facile... mais elle a fini par comprendre ce dont il retournait et par donner son accord à la condition que ce soit vers chez nous pour en finir avec l'immense solitude qu'elle ressentait.
Une étape franchie, restait à trouver le bon établissement pour elle....

Et ce fût un vrai parcours du combattant !!!
Les places sont rares ! Et parfois trèèès chères ! Même si ce n'était pas le critère le plus important pour nous car elle de l'argent de côté, suffisamment pour lui assurer une dizaine d'années d'hébergement !
(Bon, ok... on croise les doigts pour qu'elle ne dépasse pas non plus cette date de péremption faute de quoi nous devrions prendre le relais financier et que cela nous serait impossible !)
Mais on a compris, au bout de deux mois de recherches infructueuses, que même en y mettant le prix les places disponibles étaient denrée rare !
Visite après visite, refus après refus, on a fini par réaliser qu'on aurait dû s'y prendre bien plus tôt, dès les premiers signes, pour monter un dossier, visiter, faire un choix d'établissement et attendre tranquillement six mois ou un an qu'une place se "libère" (eh oui, c'est ça aussi la réalité... il faut attendre un mort, ni plus, ni moins !).
Donc, au passage, si vous devez être un jour confrontée à ce choix douloureux du placement d'un parent âgé, croyez-moi, an-ti-ci-pez !!! C'est quand il y a urgence (ce qui était notre cas !) que ça devient trèèèès compliqué !
Et encore plus quand il faut trouver une place en unité protégée/sécurisée... elles ne représentent la plupart du temps que 20% à peu près des places totales....

On n'avait jamais imaginé que la situation s'était dégradée au point qu'elle doive intégrer ce type de structure.
Du coup, quand la semaine dernière on a visité un énième EHPAD, un château perché sur une colline au beau milieu d'un parc, quand on nous a dit qu'il y avait des places, quand on a visité plusieurs chambres, claires et rénovées, quand on a fait le tour des espaces de vie et rencontré la direction, on a tout de suite clairement montré qu'on était plus qu'intéressés....
C'était jeudi dernier.
La responsable nous a dit que le médecin serait là le lendemain et qu'il jetterait un oeil sur le certficat médical, à la suite de quoi elle nous rappellerait...
On avait été tellement échaudés et dépités par ce passage obligé qui jusque là avait été rédhibitoire qu'on a juste croisé les doigts en espérant que...
Et l'appel du lendemain n'a pas été un soulagement franc et net ! Après avoir demandé à mon frère si nous avions pu réfléchir et étions prêts à signer, la responsable nous a expliqué que le médecin coordonnateur de l'EHPAD allait prendre lundi (donc il y a 3 jours !) contact avec le médecin traitant de Madame ma Mère, celui-là même qui a rédigé le certificat médical qui nous cause tant de soucis depuis le début !

Je vous laisse imaginer notre état d'esprit du WE...
Entre les "et si" et les "qu'est ce qu'on va faire ?" !
Parce qu'on savait bien aussi que même un feu vert ne nous apporterait qu'un soulagement temporaire...
Le plus dur resterait à venir. Si unité protégée/sécurisée il faudrait la préparer à cette option que ni elle ni nous n'avions jamais envisagée et évoquée. Comment réagirait-t-elle ? Elle n'est pas assez atteinte pour ne pas être consciente de la nuance !
Et même dans le cas d'une chambre "normale", le changement allait être radical. Madame ma Mère n'a jamais vécu en collectivité, jamais été confrontée à un cadre de vie avec des horaires et un règlement imposés par quelqu'un d'autre qu'elle même...
Il allait falloir faire le trajet pour la chercher, elle et ses affaires, l'héberger une nuit au moins avant de la conduire à sa nouvelle résidence. Comment allait-elle se comporter ? Et si elle piquait une crise et refusait catégoriquement, que ferions-nous ?!
Depuis que ma soeur nous a demandé de prendre le relais et que Madame ma Mère est en boucle sur l'obssession de se rapprocher de mon frère et moi, mon aînée est totalement absente du débat ! J'ai beau la tenir régulièrement au courant de nos démarches, elle ne répond même pas à mes mails et je crains fort de devoir accepter le fait qu'elle est finalement bien contente de nous avoir refilé le problème !!!

Quant à la réponse définitive qui nous a été donnée finalement mardi...c'est enfin un oui !!!
Le toubib de l'EHPAD a décidé de tenter le coup avec un hébergement en chambre classique dans un premier temps, avec l'option de passer en unité protégé/renforcée dans quelques mois si son état le justifie et en fonction des places libres.

Nous allons désormais nous pencher sur la suite du processus.... Prévenir Madame ma Mère, l'assurer que nous avons fait au mieux pour elle, nous occuper de toute la paperasserie et détails pratiques inhérents à son déménagement, en fixer la date et nous organiser pour aller la chercher.
Mois de mars bien rempli en perspective....
Mais c'est un tel soulagement que d'avoir enfin franchi cette première étape que je me dis que la suivante ne pourra pas être pire ! Suis-je encore trop naïve ?!
Bonne semaine à toutes !